Lutinerie

09 janvier 2006

CELUI QUI A DIT « NON »


Merci beaucoup à Matthieu pour cette petite histoire !

Titre choc:>>CELUI QUI A DIT « NON »
>>A l’automne d’une vie qui s’éternise un peu, le mouton blanc au poil lisse fini par se fragiliser.
Il y a bien longtemps son pelage ondulait sur son corps réactif. Inerte à présent, il n’est guère moins mouvant que pendant les instants post mortem. Il a accepté sa mort parce qu’on lui a dit, que c’était comme ça qu’il fallait faire. Il a vu de ses yeux mourir bien des moutons, mais que des moutons, il n’est jamais sortit de son troupeau. Il savait que c’était son heure, certains symptômes ne trompent pas. Son poil perdait en vigueur, il l’avait déjà vu chez les autres, mais le berger n’arrête pas pour autant de les « caresser ».
Le sens du mot est plutôt « récompensé » mais le geste s’assimile visuellement à une caresse.»
A quand la prochaine caresse ? » Comment dois-je me comporter pour y avoir droit ? »
Ces deux questions tournent dans la tête de notre mouton et de tous les moutons d’ailleurs.
Elles tournent très vite et encore plus vite à mesure que l’on cherche à y répondre.
Tout mouton normalement constitué (constitué comme le dicte la norme) fait tourner ces questions.
Il existe des légendes anciennes contant l’histoire de moutons qui ne se posaient pas ces questions, certains avaient trois chromosomes 21 d’autres que deux mais pour tous, la légende fini par une intervention du chien et l’exclusion du troupeau. Aucune ne raconte leur vie après. Ces anomalies comportementales sont extrêmement rares, mais en revanche, des rumeurs courent au sein du troupeau.
Le chien serait en péril, de nombreux moutons convoitent sa place, on parle de coup d’état.
En effet, sa position un idéal: des caresses à n’en plus pouvoir et la satisfaction permanente du berger par le simple exercice de ses pouvoirs sur le troupeau. Certains disent même que ce serait la réponse. Mais le berger rit doucement: "Un mouton à la tête des moutons, AH ah ah! Une réponse pour qui?... ».
Lui, n’a rien à craindre pour sa place, il ne reçoit pas de caresses et n’a personne à satisfaire (des moutons philosophes ont poussé leur réflexion jusqu’à se demander comment il arrivait à vivre. Ils qualifièrent, en définitive, sa vie de fade, par son manque de motivations).
Un beau matin d’été, notre mouton faisait tourner ces questions dans tête comme à son habitude. Aujourd’hui, elles n’ont pas le même caractère obsessionnel que les autres fois et laissent donc quelques ressources libres au cerveau. Il se gratte la tête, sent son poil et remarque qu’il est beaucoup plus lisse qu’avant et surtout sans nuances.
Il s’inquiète et s’interroge sur la cause de ce phénomène. Il en conclue que seules les mains cornues du berger peuvent par leur passages incessants causer de tels changements.
"Il faut que je fasse quelque chose!" S’est il surpris à clamer. Cette phrase aussitôt prononcée, provoque une caresse pour le plus grand étonnement du mouton. Une caresse appliquée, celle là est anesthésiante et rassurante, non une récompense. Le berger est vieux, il sait parler à ses moutons. Le pelage ternit et le mouton jubile, il en redemande.
Mais le berger s’éloigne, il a à faire. Le mouton le suit, en bêlant, mais sent des crocs dans son mollet. Il crie, se débat, se résigne, se calme. Le chien le lâche alors. Notre mouton, sans raison apparente se tourne vers le troupeau et pousse alors un hurlement qu’on aurait du mal à discerner de celui de Conan dégainant son épée quelques secondes avant de fracasser les crânes des futures morts lui servant d’ennemis:
"Le berger nous ment, il en veut à notre laine! Il n’est pas là pour nous protéger et nous dorloter! »
>Impact: quelques regards se détournent.
D’après le témoignage de quelques moutons (oui, ici on ne parle pas en l’air, il y a témoins à l’appui), le Rebel aurait déliré suite à une blessure au mollet en lançant des phrases incohérentes puis la douleur devenant insupportable, il s’enfuit à la recherche d’un lac où il pourrait plonger sa plaie et la penser en calme.
« Je ne sais vraiment pas ce qui m’a pris de m’enfuir comme ça! Mais c’était trop. Vraiment trop, trop de bêtise devant mes yeux, trop d’illusions qui s’effondrent.
Moi qui croyais en la race des moutons... Il n’y a rien a en tirer que de la laine salement lisse. » Quelques heures s’écoulent, la focalisation interne ne permet pas de savoir ce qu’il se passe dans la tête du mouton et laisse ainsi cours aux suppositions les plus extravagantes.
La nuit tombe, la température aussi, sa rage avec (pendant la nuit, il rêve, mais la focalisation interne ne permet pas de savoir se qu’il se passe dans la tête du mouton et laisse ainsi cours aux divagations les plus extravagantes). On sait en revanche que le mouton a entendu des chants de loup pendant la nuit et qu’il a eu du mal à en saisir leur dimension lyrique.
« Ah, j’ai bien dormi. » l’important, c’est d’en être convaincu. « Si, j’ai vraiment bien dormi sur cette petite touffe de mousse, c’était calme. Qu’est ce que c’était calme! Juste quelques bruits hostiles, mais loin, oui loin. Et puis cette blessure, elle ne me fait presque plus mal. C’est normal après une nuit comme ça. Juste un peu froid, mais bon je vais m’y faire »
A vu de nez il ne croit pas trop à ce qu’il dit. En plus ce qu'il ne sait pas, c’est qu’il a fait entre 2 et 4 degré cette nuit et qu'on annonce du gel pour les jour à venir. Enfin, la météo peut se tromper.
« Il est où mon troupeau!!!!!!!bouh!bouh!ououououou..etc »
> On y croit déjà plus là. Le « etc » dure environ deux heures (mais la focalisation interne ne permet pas...). Deux heures de détresse complète qui s’achèvent par l’intervention du hasard pour certain, du saint esprit pour d’autre, toujours est-il qu’il distingue son troupeau sur le versant d’en face. Comme quoi le hasard fait bien les choses ou bien il faut croire aux miracles. « » Rien ne sort de sa bouche, il rassemble ses forces (l’instinct de survie est très utile dans ses cas là) et franchit la vallée avant que le troupeau ne redisparaîsse. Son excitation est grande et ne lui a pas permis de se demander si c’était ce qu’il désirait de redevenir mouton parmi les moutons.
Mais notre ami (on commence à le connaître) a le vent dans le dos et le chien l’a déjà senti, il aboie (le chien). Le berger alerté regarde aux alentours et aperçoit notre ami. Il est fier de son chien et lui tapote la tête en lui grattant le ventre avec l’autre mains; il ne le fait que quand il est vraiment content. Le berger court vers le mouton pour éviter qu’il ne s’enfuit à nouveau.
Notre ami sent que le berger est content, alors il ne pense même plus à toutes les contre parties de ses doigts joyeux dans son lainage. Le berger l’accueille dans ses bras, le mouton est vraiment content, bien qu’ "heureux" ne convienne pas ici.
C’est ensemble qu’ils rejoignent le troupeau. Notre ami après cette course sent la douleur irradier sa blessure qui n’avait pas franchement guérit pendant la nuit, il boitte. Le berger le voit, il sort son couteau, c’est maintenant que le mouton crie « Non! ». Il l’égorge.

2 Comments:

At 18 janvier, 2006 23:29, Anonymous Leonaile said...

Je trouve que cette note était plus cynique que féérique. Elle dénote avec les autres notes :) comme une note dissonante mais pas complètement fausse. C'est dur la vie d'un mouton. *Heureusement qu'on est tous humain donc tous plus ou moins compliqués*... Oui, il n'y a pas qu'un troupeau sur terre et tous les moutons ne sont pas d'accord entre eux. Le mouton asocial trouvera d'autre asociaux qui lui ressemblent...ils pourront peut-être tenter de se rendre un peu plus mouton en se regroupant en minorités rebelles sans foix, ni loi ; sans berger, ni chien. La rencontre risque juste de durer plus de temps puisque le mouton qu’il cherche n’est pas dans le troupeau mais par delà les contrées obscures des monts ténébreux. Le mouton, comme je le comprends de l'histoire n'a pas toujours envie d'avoir quelqu'un qui lui assure sa survie, qui le protège du grand méchant loup. C'est vrai, à quoi bon vivre puisque l'on meurt ? Cette question comme tant d’autres, le mouton compliqué se la pose souvent sous différentes formes. Il a la mauvaise habitude d’ailleurs, de se poser les questions tracassantes sous plein de formes pour qu’elles deviennent encore plus tracassantes (encore plus complexes donc encore moins solubles) et lui bouffent son air, normale pour un mouton compliqué. Le mouton compliqué se targue de devenir alors mouton complexificateur pour le plus grand mal de lui-même et du troupeau qui cherche à le comprendre mais n’y arrive pas. En effet, le troupeau formule des hypothèses simplificatrices alors que lui formule des hypothèses complexificatrices. Le mouton complexificateur est un frustré de base : il a appris à ne pas se satisfaire des apparences : il cherchera toujours au-delà, même quand une herbe verte et grasse se présente simplement à lui (quelle que soit le type d’herbe d’ailleurs ;o). Tellement qu’on l’assimile desfois à un mouton paranoïaque ou/et à un mouton hypocondriaque. Erreur, il s’agit simplement d’un mouton trop complexificateur : d’ailleurs dans l’histoire, s’agit-il d’une simple coïncidence si le mouton ne panse pas sa blessure : il la pense. La nature donc le système est « marche ou crève ». Mais l’humain en tant qu’individu, singulier, et conscient de la société ne l’est pas toujours : l’individu sans la conscience de la société c’est l’individualiste, la conscience de la société sans l’individu c’est le mouton. Penser est-il toujours la meilleure chose pour un mouton désespéré de ne pas croire qu’il existe d’autre mouton individu conscient ?

Je ne pense pas toujours.

 
At 19 janvier, 2006 15:12, Blogger zebulon said...

Tu ne panses pas toujours ? :)

 

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